27. mai, 2013

Une légitimité contestable et contestée

 

 

Notre démocratie a ceci de particulier, c’est qu’elle met le vainqueur de la Présidentielle  sur le trône d’un Monarque. En effet, c’est lui qui nomme, c’est lui qui démet, c’est lui qui dissout, c’est lui qui promulgue, c’est lui qui fixe et modifie les échéances, c’est lui qui donne les grandes orientations, c’est aussi lui qui décide des nouvelles lois… Tout dépend,  dans ce pays, véritablement de lui au plan politique.

Cette position, singulière hors des régimes totalitaires, ne présente pas d’inconvénient majeur dès lors que son élection se fonde sur une majorité incontestable. Elle devient problématique lorsqu’elle se construit sur une base minoritaire et ne se constitue qu’autour d’un  choix établie par défaut.

Dans un cas comme dans l’autre, le peuple cohérent accorde, systématiquement, à son « Souverain », les moyens de gouverner, c'est-à-dire qu’il lui octroie la part de soutien la plus grande possible au sein du parlement.

Mais ne nous y trompons pas, il ne s’agit là, à peu sans faut, que de poudre aux yeux. Il n’existe, de toute manière jamais, aucun conflit de légitimité entre le pouvoir exécutif et le pouvoir législatif. En effet, dans le système instauré par la constitution de 1958, modifiée en 1962 puis plusieurs fois par la suite et, enfin et peut-être surtout, par l’établissement d’une concordance des deux mandatures, la primauté va incontestablement au Président qui détient la réalité de l’autorité de l’état.   

Les vraies difficultés apparaissent lorsque le Président, se prévalant de son élection, se considère autorisé à intervenir dans des domaines pour lesquels il n’a pas reçu mandat spécifique. Le conflit se place alors entre lui et le peuple.

En 1984, F. MITTERRAND s’étaient engagé sur une voie où manifestement il avait rencontré l’opposition des Français au sujet de la loi sur l’éducation. Bien que d’un tempérament orgueilleux, il n’avait pas hésité à rebrousser chemin. C’était une attitude juste.

En 1996, Jacques CHIRAC  fit lui aussi machine arrière sur les retraites face à la contestation populaire. Il avait pourtant raison sur le fond mais la voie du peuple est au bout du compte celle qui doit s’imposer. Son attitude fut honorable.

La création des CPE puis leur suppression en 2006 avait une fois supplémentaire auguré de ce qu’est la bonne attitude.

En 2013, François HOLLANDE n’écoutant que son acharnement obtus et sa suffisance obstinée décida de passé en force et d’imposer une modification substantielle de l’une des institutions les plus anciennes et les plus fondatrices de notre modèle sociétal. Il créa le « mariage pour tous » qui provoqua les conditions de la dénaturation du mariage et entraina tous les risques potentiels de dénaturation de la filiation.

Sa décision était inscrite dans son programme, nous dit-il et dès lors, il n’est pas sérieux de refuser aujourd’hui ce que l’on a accepté en mai 2012, il y a un an à peine.  Sauf qu’en avançant cet argument, il tente d’imposer l’idée selon laquelle son élection serait fondée sur ses engagements (et particulièrement celui-ci). A ce stade, soit, il croit sincèrement à ce postulat et, alors, il est le pire des niais que la France n’ait jamais eu à sa tête ; soit, il feint cette croyance et dans ce cas il nous prend tous pour des niais.

Or, chacun sait bien que son élection est due pour l’essentiel au rejet (pertinent ou non) de son prédécesseur Nicolas SARKOZY.

Dans tous les cas, il n’est plus digne d’assumer la charge de la magistrature suprême pour cause de trahison de la volonté du peuple.

A ce stade, il n’est pas inutile de s’interroger sur les motivations qui l’ont conduit à vouloir porter ainsi atteinte à l’institution du mariage.

Lui nous dit que sa préoccupation en la circonstance était de promouvoir une mesure destinée à briser une inégalité. Mais de quelle inégalité parle-t-on et en quoi le mariage des homosexuels peut-elle la combler ?

Qu’est-ce que le mariage ?

Le mariage est la modalité constitutive de l’ordonnancement de la conjugalité le plus ancien et le plus universel. Selon les pays et les époques, il se contracte ou se défait, de façon rituelle juridique ou religieuse. Il règle le fonctionnement du couple formé et il fournit un cadre social et légal au développement de la famille.

La procréation est le besoin vital de l’espèce humaine, la filiation est l’expression sociale de cette nécessité  et le mariage est la régulation civilisée de cette exigence. La convergence de ces impératifs est la famille. 

Qu’est-ce que la famille ?

Une famille est une communauté de personnes réunies par des liens de parenté dont la filiation est le principal élément et la motivation essentielle.

Si la filiation n’est pas l’élément moteur de la constitution d’une famille quel est-il ? L’amour ? La réponse est non bien sûr car nul ne prétend plus qu’il soit indispensable de se marier pour donner libre cours à son amour pour une femme ou pour un homme ? La préservation du patrimoine ? Certainement pas car  celui-ci ne connaît de préservation que dans la transmission filiale et non collatérale entre conjoint qui elle en produit, au contraire, une dispersion. La  fiscalité ? C’est sans doute dans le sens contraire qu’il faudrait appréhender le lien, c'est-à-dire que les avantages fiscaux produits par le mariage ne le sont que parce qu’ils favorisent la filiation au travers de l’institution.

Alors, comment est-il possible de relier la notion de filiation avec le couple homosexuel ?

Jamais deux hommes, entre eux, ou deux femmes, entre elles, ne pourront procréer et donc, jamais, ils ne pourront avoir accès au processus de la filiation et donc jamais leur union ne sera un mariage, n’en déplaise à tous ceux qui croient pouvoir s’affranchir du modèle naturaliste sans conséquence.

Le PACS leur donnait déjà la possibilité de vivre une union et quelques aménagements leur auraient permis de satisfaire leurs attentes au niveau fiscal.

D’aucuns ont semblés estimer que cela ne suffisait pas car cette union civile ne combler pas leur « droit à l’enfant ». Voilà bien une singulière notion que celle qui prétend créer un droit nouveau qui se substituerait au droit de l’enfant. Un droit nouveau qui nierait le droit, pour lui, de vivre dans une « normalité » consubstantielle à la vie, indissociable de sa continuité et inhérent au renouvellement des générations. Le droit inaliénable de vivre  dans l’harmonie d’une famille constituée d’un père et d’une mère comme cela est depuis la nuit des temps et ne pourra pas ne pas l’être jusqu’à leur fin.

La réalité politique du recours par le Président à l’artifice du mariage pour tous est que celui-ci à permis de substituer aux réelles questions préoccupantes pour le pays, son économie et sa stabilité, une discussion superfétatoire sans réel fondement.

Cette subrogation malsaine et maligne a eu pour effet de supplanter les clivages traditionnels de la société avec l’objectif de déstabiliser le débat national sur les grandes orientations fondamentales pour notre nation.

L’opposition à ce projet était-elle pour autant à écarter ? Ne fallait-il pas manifester contre ce dessein mortifère ? Bien au contraire, le Président nous a contraints à une bataille qu’il ne fallait en aucun cas refuser.

Un Français sur quatre est en accord avec les actes politiques de François HOLANDE, cela indique clairement que trois Français sur quatre ne l’approuvent pas.

Aussi ses décisions, si elles demeurent légales et conforment au droit, ne sont plus légitimes. A l’heure de la communication, il est aisé de s’apercevoir que le peuple de France ne veut pas des orientations qu’ils nous proposent et refusent ses atermoiements sur les grandes causes qui déterminent l’avenir du pays.

Si, sincèrement, il avait voulu gommer des inégalités flagrantes et en expurger notre société, n’aurait-il pas été plus judicieux, par exemple, de s’attaquer aux différences qui existent entre les Français au regard de retraite. Il aurait pu, par ailleurs, entreprendre une véritable refonte du système fiscal de notre pays (cela faisait parti de ses promesses électorales). Les sujets et les axes d’attaques ne manquent pas lorsque l’on parle d’inégalité, sans qu’il soit besoin d’en inventer.

La réalité c’est que ce Président ne sait pas où il va et n’a aucune idée des réels besoins qui sont ceux de la France.

Il y a aujourd’hui un écart abyssal entre la légalité de ce pouvoir et sa légitimité politique et populaire. Cette situation ne pourra durer encore longtemps.