19. févr., 2014

Lettre à Mr BARBIER et ceux qui ne voient pas la réalité

Cher Monsieur BARBIER,

 Etant un fidèle abonné de l’Express depuis plus de25 ans, je lis, chaque semaine, avec intérêt, votre éditorial dont j’apprécie la pertinence et dont je me délecte de la qualité de l’écriture, après en avoir fait de même avec celui de Denis Jeambar.

Il m’arrive fréquemment de partager, totalement ou en partie, vos points de vue sur la politique sociale ou économique.

Cependant, votre papier du 12 février 2014, ne peut me laisser sans réaction et, fait exceptionnel, suscite mon envie, peut-être un peu immodeste, d’y répondre.

Votre propos commence par un constat, que chacun peut faire sien, suite au référendum Suisse relatif à l’immigration de masse.

Vous observez avec justesse que l’Europe envisage une autre position (moins conciliante) à l’égard des mouvements de populations  incontrôlés qui se produisent du monde entier vers son territoire depuis de nombreuses années mais s’accélérant considérablement.

On voit bien en effet que ce problème (car s’en est un réellement) est considéré préoccupant (acceptez cette litote) par la Grande Bretagne, les Pays Bas, la Hongrie et bien d’autres états outre la Suisse, donc, qui elle est allée plus loin que la simple prise en compte du phénomène.

La réaction des opinions publiques, précédant celle de leurs gouvernants, est de plus en plus hostile à cette situation qui leur est imposée, à son ampleur et à la vitesse de son amplification.

A quoi sont dues ces réactions ? Sont-elles légitimes et éclairées ?

Selon vous, l’opposition manifestée à l’égard de ces transferts de populations serait due à la crise. Certes, le ralentissement du développement économique a des conséquences importantes sur la vie des citoyens et ceux-ci les ressentent souvent avec amertume voire colère, considérant que leur frustrations ne sont plus supportables et méritent une analyse puis une thérapie.

Les peuples sentent bien que pour s’ouvrir le chemin d’un devenir qui échappe à l’appel du vide, il leur faut se fixer un objectif cohérent, réaliste et fédérateur. Chacun d’entre eux doit donc œuvrer à la construction d’un projet de société.

Mais une telle entreprise suppose de savoir par qui et pour qui ce projet est envisagé. Il convient donc d’établir, en préambule, les contours de la collectivité supposée.

La réponse à la question « qui est-on ? » ne peut être résolue si l’on ne se pose pas au préalable la question « d’où vient-on ? ».

Car, de la même manière qu’une femme ou un homme sont la résultante de l’adolescent qu’ils furent et de l’éducation qu’ils reçurent, une Nation n’est que le fruit de son histoire et des soubresauts qui l’ont façonnée.

Or, la France, puisque c’est le cas qui nous préoccupe, est une Nation de Culture Gréco-latine, de religion chrétienne et occidentale. Voilà son creuset !

Comme vous le dites parfois justement, ce pays a des traditions d’accueil et d’intégration qui ont permis à de nombreux migrants de s’assimiler au cœur du modèle originel en l’enrichissant sans le dénaturer. Ces qualités lui ont permis de traverser d’innombrables écueils et de relever les défis les plus périlleux dont la chronique commença avec Clovis, se poursuivit avec Saint Louis, puis connut la révolution et l’avènement de la République.

L’acceptation de cette histoire est la condition nécessaire à la reconnaissance de notre identité comme la reconnaissance de son ascendance est pour chaque individu le moyen d’être le maillon de la chaine familiale qui relie une génération à une autre dans une continuité solidaire et pérenne.   

Or, le scénario qui se construit sous nos yeux diffère très largement de l’histoire deux fois millénaire de notre pays et le flot des digressions fait déborder le torrent de nos liens consensuels jetant par-dessus bord notre unité et notre unicité.

En effet, le synopsis qui nous est offert, montre un modèle que les élites politiques et les intellectuels ont cessé de vanter. Les premiers le dénaturent et le déstructurent sans écouter le cri déchiré du peuple qui refuse l’abandon du patrimoine commun. Les seconds le dénigrent au prétexte de leur idéologie faisant prévaloir la différence au détriment de l’identité.

Par ailleurs, trop d’autres viennent ici, non pour participer à l’œuvre commune mais pour en profiter voire pour se l’approprier.

Les Français, Monsieur BARBIER, ne sont ni racistes, ni égoïstes. La longue histoire de ce pays a démontré précisément l’inverse. Et si aujourd’hui, comme d’autres, ils s’élèvent contre ce qu’ils perçoivent comme une intrusion brutale et massive (pour ne pas dire invasion) c’est parce qu’ils n’ont pas le sentiment que ce mouvement soit porté par une volonté francophile. Leur émotion est vive et leur colère grandit à l’observation du comportement de ceux qui bafouent les règles de l’hospitalité qui leur est donnée.

La France (comme l’EUROPE) dites vous (avec les grands patrons) a besoin d’immigrés pour faire tourner son économie. Je considère que cela n’est pas exact car le plein emploi n’est pas assuré et 3.5 millions demandeurs d’emploi sont réduits à un statut d’assistés. Remplaçons les uns par les autres en proposant des formations qualifiantes et en offrant des rémunérations décentes et le problème n’existera plus.

Vous ajoutez la France (et aussi l’Europe) vieillit, elle a besoin de sang frais d’énergie nouvelle A quoi servirait d’avoir préservé la France si celle-ci ne se ressemblait plus ? Si les Français ne ressemblaient plus à leurs pères (et à leur mère), s’ils étaient remplacés par d’autres ?   

Jean-Jacques FIFRE