26. oct., 2014

Nos institutions s'essoufflent dans la tourmente

Le 19 septembre 2014.

 Ce président, qui s’était engagé à rassembler, a effectivement tenu parole… Sauf que l’union promise s’est construite contre lui.

 27 mois se sont écoulés depuis l’élection présidentielle. La moitié d’un mandat, peu ou prou… La moitié seulement et nous en sommes déjà au deuxième Premier ministre, au troisième gouvernement et au troisième engagement de responsabilité devant le Parlement. Outre que ces renouvellements modifient en la matière la tradition établie depuis 1958, ils établissent une cruelle évidence dont chacun peut faire l’observation : nos institutions ne fonctionnent plus correctement.

Il ne peut échapper à personne que ce président, qui s’était engagé à rassembler, a effectivement tenu parole… Sauf que l’union promise s’est construite contre lui pour cause de manque d’autorité, d’absence de détermination, de défaut de vision politique, de déficience dans la communication et, bien sûr, de manque de résultats dans tous les domaines. Si l’on ajoute à ce tableau le désaveu indécent de la presque totalité de ses promesses, l’impertinence de ses prévisions répétées et jamais vérifiées ainsi qu’une forme de mépris ressenti par l’opinion, on comprendra aisément que l’agrégat des mécontentements soit aussi important.

Cherchant à se soustraire à l’inéluctable sanction qui devrait l’atteindre, il se cache derrière la légitimité de son élection. Celle-ci serait censée le conduire au bout de son mandat puisqu’elle s’appuierait sur la règle démocratique fondatrice du système. Aussi n’a-t-il aucun malaise à retourner aussi souvent que nécessaire devant le Parlement pour tenter de se refaire une espèce de virginité politique ou obtenir ce qu’il considère comme un blanc-seing à poursuivre le chemin non tracé.

Ce comportement fait l’impasse sur les vraies règles du système de la Ve République mâtinée du quinquennat. Disons-le : notre système est présidentiel avec ses atouts et ses défauts. Le Président y est la clef de voûte de tout le schéma institutionnel, le seul décideur réel et donc le seul responsable. Dès lors, à quoi sert l’engagement de responsabilité (par délégation) du Premier ministre devant une chambre qui ne pouvait, quoi qu’il arrive, que lui accorder sa confiance ? Elle n’a permis que de vérifier la validité du contrat passé entre une majorité de députés attachés à leurs multiples avantages et prérogatives et le chef du gouvernement.

La vraie question est celle du contrat que le Président a passé avec le peuple de France. Aujourd’hui, on peut dire que le corps électoral français est en désaccord quasi complet avec la personne de l’élu à la magistrature suprême. Or, dans notre Constitution, aucun mécanisme intermédiaire ne permet de mesurer la rupture et, dès lors, la solution à la crise ne peut venir que de la « rue » ou de la dignité du Président qui, observant cette impasse, déciderait d’interroger, d’une manière ou d’une autre, le peuple. Peut-on croire à jamais impossible le premier recours ? Peut-on espérer qu’une attitude honorable habite un jour le chef de l’exécutif ?

Il sera décisif qu’un ajout soit apporté aux textes institutionnels.

Jean-Jacques FIFRE