10. janv., 2015

Le paysage politique français ne se redessine-t-il pas ?

BD VOLTAIRE le 20 décembre 2014

Michèle Cotta s’interroge et beaucoup le font avec elle : « Les partis politiques sont-ils devenus inutiles ? » On a envie de lui répondre que voilà une bonne question qui mérite une vraie réponse.

Il paraît un peu rapide, en effet, de se contenter d’observer le désintérêt des citoyens pour la chose publique. Sous l’emprise d’une frénésie consumériste plus ou moins assumée, jetteraient-ils le bébé avec l’eau du bain, soit les idéaux républicains avec les partis politiques ?

Attention, je ne dis pas que le constat est faux. Je dis qu’il est incomplet et juste inadéquat.

Pourquoi les appareils politiques, devenus idéologiquement stériles, s’en remettent-ils à la science des officines communicantes, pullulant sur les décombres de la « curie », où jadis l’opinion se faisait ? Pourquoi, trahissant les principes moraux de la Ve République, s’en remettent-ils à la pratique des primaires qui, en fait, désignent toujours le candidat préféré par l’adversaire ? On voit bien que les partis cherchent à se singulariser en privilégiant la forme. Est-ce à dire que rien ne les oppose sur le fond ?

La vox populi, celle qui en démocratie est décisive, n’hésite pas à franchir le Rubicon. Elle a compris que plus rien, aujourd’hui, n’éloigne l’UMP du PS sur la base de leurs querelles anciennes. Tacitement, ceux-ci sont d’accord sur la construction européenne, d’accord sur les grandes orientations économiques et d’accord sur les évolutions existentielles de notre société. Juppé est proche de Bayrou, qui lui-même n’est guère éloigné de Valls… NKM, adversaire hier d’Hidalgo, ne renie qu’à la marge les positions écolo-socialistes.

On voit bien comment une fracture se produit au sein de la gauche, donnant naissance à deux tendances. L’une plutôt souverainiste est incarnée par Arnaud Montebourg et tous les orphelins chevènementistes. L’autre européiste, donc mondialiste, est animée par Valls.

Le phénomène est parfaitement identique à droite. Wauquiez, Guaino et d’autres se montrent eurosceptiques quand Juppé (encore lui), après avoir abjuré ses idéaux gaullistes en la matière, ne jure que par plus d’intégration et aussi d’immigration. C’est donc bien là que se situe la ligne de fracture qui sépare les faux amis et rapproche les adversaires de façade.

La souveraineté et l’identité constituent désormais la nouvelle ligne de crête qui incite au vrai débat.

À n’en pas douter, c’est bien sur ce terrain que devraient se constituer les nouvelles algarades relatives aux réelles problématiques qui se posent à la nation. Les partis politiques ne sont pas devenus inutiles, mais leur discours se trompe d’époque et de réalité. Quand, par chance, l’un d’entre eux (une en l’occurrence) a la clairvoyance d’indiquer le sens de la parole attendue, l’opinion se réveille et le présage du leadership renaît.