10. janv., 2015

De fausses réformes pour un vrai déclin

 

Bd. Voltaire le 23 décembre 2014

Le monde change ! Il ne s’améliore pas, mais il « avance », disent tous les progressistes, convaincus sinon convainquant.

La France n’échappe pas au mouvement.

Cependant, le retard est énorme, les mutations à lancer d’une profondeur abyssale.

Nos hommes politiques, issus des grands instituts, énarques, titulaires de diplômes réputés, sont conscients que le « boulot » est immense, nécessaire, mais si dangereux pour leur élection.

Toutes tendances confondues, ils ont du mal à se déterminer entre action et réaction. Aussi impétueux dans le verbe qu’imperturbables dans l’action, ils choisissent l’immobilisme.

A la manière du « sentiment d’insécurité » supplantant l’insécurité, ils ont inventé la notion « d’apparence de la réforme » qui remplace la réforme. Elle en a l’allure mais ne rénove rien de fondamental.

Pour assurer le succès du processus de statu quo, ils choisissent dans un vaste arsenal d’objectifs sociétaux celui dont le bouleversement sera le plus clivant, à défaut d’être utile, le vacarme autour de la « chose » masquant l’essentiel des exigences du réel.

Quand l’emploi fait défaut, on choisit de démailler les institutions sociétales. Quand la nécessaire remise à plat de la fiscalité se fait urgente, on crée le pacte de responsabilité, thérapie inopérante et moins risquée. On se demande si l’État, au lieu de se fixer un cap, n’agirait pas simplement comme un bateau ivre dans la confusion des vents contraires, celle des dissonances corporatistes.
Son dernier choix concerne un des domaines où la confusion réformiste semble depuis longtemps la plus accablante : l’Éducation nationale.

Le bon sens voudrait que la réflexion globale, préalable à tout changement, commence par la détermination de la mission de l’école. Ce préalable établirait de lui-même les moyens nécessaires à sa réalisation.

Quel est le rôle de l’école ? Hier, il était de donner à la nation la capacité de se construire dans une cohérence où chacun, en fonction de ses aptitudes, trouvait sa place. Aujourd’hui, sa mission affichée est de se constituer en un espace de liberté totale, régi par la doctrine égalitariste. En conséquence, il n’est plus question d’établir la moindre hiérarchie de compétence mais, au contraire, il faut masquer celle qui s’impose naturellement. Ainsi, rien de mieux que supprimer les notes, source de discrimination
« douloureusement ressentie ».

Nos penseurs « réformateurs » devraient savoir que ce n’est pas en cassant le thermomètre que l’on fait baisser la fièvre, et que l’on ne fera jamais d’un âne un cheval de course. Les élites dont nous avons besoin ne doivent pas être sacrifiées au nom d’une idéologie de l’indifférenciation générant un nivellement par le bas.

En oubliant d’enseigner les fondamentaux, l’école élémentaire n’aide pas à la réalisation d’un collège qui, lui-même, en devenant unique pénalise les enseignements supérieurs.

À force de ne rien décider de difficile, on finit toujours par subir le pire.