14. mars, 2015

L’islam d’aujourd’hui est celui que le djihadisme crée

De Paris à Madrid en passant par New York ou Londres, les dernières décennies ont marqué l’histoire d’une multitude d’agressions dont le dénominateur commun est le djihad.

Au fil du temps, ce qui, au début, ne se dessinait, dans notre instinct collectif, que comme la conséquence sauvage et barbare mais éphémère de digressions historiques, ne doit plus laisser le moindre doute dans notre esprit. Ce que nous vivons aujourd’hui est une guerre de civilisation.

Lorsque d’aucuns, parfois habités d’une forme de légitimité, s’exclament, face à la barbarie, « cela n’est pas l’islam », leur protestation est de bien peu de poids face à la réalité historique.

À chaque époque, l’islam est l’objet, de la part de ses « intellectuels », d’une appropriation péremptoire. De ce fait, cette réécriture ne lui permet plus de s’inscrire dans le contexte historique du présent. Les rivalités et les combats idéologiques qui paraissent l’agiter, ne servent qu’à lui donner une légitimité immuable et intemporelle.

Aujourd’hui, l’islamisme est l’expression politique la plus ancrée, sans césure, entre Djakarta et Rabat, si forte qu’elle a parfois réussi à modifier la lecture du passé de l’islam.

En conséquence de quoi, il est illusoire de juger le djihadisme comme une distorsion de l’islam. Il est plus juste de considérer que l’islam d’aujourd’hui est celui que le djihadisme est en train de créer.

À l’époque où le monde entrait dans l’ère de l’urbanisation, de la scolarisation et de la maîtrise de la natalité, où il s’engageait sur la voie du progrès économique, social et technique avec une propension partagée pour la non-violence, une image inverse se développait, son contraire, son ennemi.

Après les accommodements procurés par le développement économique des Trente Glorieuses, le ralentissement de ce développement offre des territoires entiers à l’emprise de cette idéologie dont le glaive est la charia.

Tolérance battue en brèche, chasse ouverte aux homosexuels, esclavage. Il serait naïf de croire que le discours djihadiste se limite à la sphère irako-syrienne. Il est au contraire présent dans tout le monde musulman.

Ce monde s’oppose à l’Occident d’une façon totalement binaire où la force de la sémantique a sa place. L’esclavage est l’arme contre la liberté, l’obscurantisme contre l’esprit des Lumières, le califat contre la démocratie. Il se définit en négatif de celui dont il veut la mort au prix de ce qu’il nomme sacrifice pour accéder au rang de martyr.

Le djihad est une guerre. Il faut avoir la lucidité de le montrer tel qu’il est et le courage de l’affronter avec les armes qui conviennent.

Jean-Jacques Fifre

 

BD Voltaire le 20 février 2015