4. oct., 2015

Un faux débat dans un bal de faux culs.

L’intervention dans le débat d’idées impose à l’orateur  deux armes  indispensables.  La première est le contrôle des pulsions  qui doit l’émanciper de toute naïveté. La seconde est la maitrise de la sémantique. Faute d’une emprise rigoureuse sur ces  outils de communication, le débatteur risque le démenti de ses opposants, ce qui est la moindre des adversités, mais il est surtout menacé par la pusillanimité de ses alliés, diligents à se démarquer d’une position qu’ils jugent inopportune même si en grand nombre ils la partagent.
Le déchainement médiatico-politique  est alors d’une promptitude sans égale, d’un zèle singulier et il prend une ampleur stupéfiante. On décrypte,  alors, dans le lâchage  de tous les faux culs qui redoutent d’être pris en défaut dans l’art du politiquement correct, la pertinente possibilité d’éliminer un empêcheur de combiner entre soi.
Le lynchage peut commencer.
C’est  ce qui vient d’arriver à Nadine Morano. Piquée par l’insidieuse mouche provocatrice dénommée Yann MOIX, elle s’est lancée dans un exposé où il était question de « la race blanche de la France ».

Par parenthèse, on peut noter que le contradicteur de mauvaise foi n'a pas hésité à prédire à la France une république islamisée et à ajouter que cette avènement lui paraissait heureux. Cette position pour le moins anti patriotique n'a pas reçu le moindre reproche dans l'univers médiatico-politique si leste à porter des jugements péremptoires et moralisateur.  

La candeur de l’ex-future tête de liste « Les Républicains » aux régionales fut pitoyable car pas une seule seconde elle n’a imaginé ce que serait les prolongements de cet échange. Membre  de sa famille politique, elle croyait pouvoir compter sur la solidarité ou au moins la bienveillante neutralité de tous ceux qui, cogitant de concert avec elle, ne pourrait la sacrifier sur l’autel de la « bien pensance ». Ce fut sa première faute.
Le choix des mots, plus que le fond de sa pensée, a constitué le deuxième écueil.
"Qui pourrait contester que le peuple de France n'est  pas historiquement constitué d’une population jaune, noire, ni musulmane ?"

Qui pourrait contester que cet état soit encore celui d’une très large majorité de français ? Qui pourrait contester à cette majorité la volonté que cela ne change jamais ?
Plus que l’idée la forme était erronée. Plus que l’adjectif, le substantif ne pouvait que susciter la polémique.
Malmenée par la tourmente, cette élue,  vite montée en grade, doit  se souvenir, , un peu tard de la réflexion de Voltaire qui, , lucide, disait « mon Dieu, protégez moi de mes amis. Quant à mes ennemis je m’en charge ». N’avez telle à l’esprit que celle où le philosophe disait « je hais vos idées mais je me battrais jusqu’au bout pour que vous puissiez les exprimer » ?
Toute cette histoire pourrait prêter à rire si elle n’était révélatrice de la moralité bancale des mœurs politiques d’aujourd’hui. Elle commence avec un provocateur professionnel dans une émission de télé au contour d’un trublion de mauvais esprit plus que vraiment espiègle ; elle se poursuit par un feu d’artifice de coup bas dont les auteurs méritent purement d’être disqualifiés.
Plus que l’impétrante maladroite, les dindons de la farce sont les citoyens spectateurs de cette triste pièce qui ne mériterait que l’indifférence si elle n’impliquait la probité du débat public.

 

Jean-Jacques FIFRE