7. sept., 2012

L'EURO, L'UNION EUROPEENNE ET LA BCE

LA DROLE DE DECISION DU PRESIDENT DE LA BANQUE CENTRALE EUROPEENNE

 

Le Président de la Banque Centrale Européenne décrète qu’il va racheter sans limite de la dette des pays membres de la zone Euro qui en feront la demande. En gros cela revient à dire que les pays concernés auront une ligne de crédit illimitée. A Madrid, à Rome ou à Athènes la satisfaction s’exprime naturellement. A Paris on approuve aussi. Mais à Berlin, à Vienne ou à Copenhague il en va un peu autrement.

Avant même de s’interroger sur la validité économique de la décision, il me semble naturel de se poser la question de sa légitimité juridique.

La BCE est, selon les principes du droit Européen, un organisme totalement indépendant des Etats membres. Sa mission principale est d’assurer le maintien du niveau l’Euro, c'est-à-dire de lutter contre les tendances inflationnistes. Elle a aussi pour mission subsidiaire d’aider l’union dans la réalisation de ses objectifs économiques.

Or la décision de Mario DRAGHI va bien au-delà du rôle ainsi défini. Elle prononce, en effet, la fédération des dettes des Etas membre de la zone Euro. On entre dès lors dans le domaine des prises de position politique, lesquelles appartiennent aux états membres. Il ne parait donc pas illégitime de poser la question de droit concernant « la décision ».

Sur le plan économique, elle semble allait à l’encontre de tous les principes de la bonne gestion monétaire et cela ressemblerait à une forme assez proche de politique de relance par la consommation. En cela, elle parait se heurtait aux nécessités de la mission première en exposant la monnaie au danger inflationniste.

Sur le plan moral, au-delà de la nécessaire solidarité intra-communautaire, cette mesure pourrait apparaitre comme une tolérance à l’égard du laxisme dont beaucoup ont fait preuve et un désaveu des plus rigoureux dont la réussite serait pénalisée.

Quel est l’enjeu de cette situation ? Il est tout simplement celui de la survie de l’Euro.

Imaginons, un instant, et cela n’est pas inconcevable, que malgré le « va tout » jouer par Mario DRAGHI, la situation ne soit pas améliorée, supposons que la Grèce puis, peut-être d’autres, s’enfonce malgré tout dans la crise, alors quelle serait la conséquence de tout cela ?

Il est probable que l’institution financière Européenne perdrait toute crédibilité. Mais il y aurait plus déterminant encore ; l’Euro disparaitrait en tant que monnaie commune.

Au fond, cette disparition apparaitrait, peut-être, en tous cas aux yeux de certains comme la confirmation que cette entité n’était qu’un artifice, porté par la volonté déterminée mais aveugle de ses créateurs. Ceux-ci, espèces de doux idélistes, auraient conçu le toit de leur édifice avant dans avoir creusé les fondations. C'est peut-être la raison qui incite la Bulgarie à regarder à deux fois àavant de se lancer dans l'aventure.

Les tenants de cette ligne ne manqueraient sans doute pas de démontrer que la monnaie Européenne n’était qu’un outil fiduciaire superficiel ne reposant sur aucun des fondamentaux que seule une structure politique intégrée (fédérale ou autre) aurait pu fournir.

Au fond, cet échec, s’il arrivait, aussi douloureux soit-il, démontrerait aussi que cette Europe n’est vraiment pas celle dont rêvaient les Européens. Colosse aux pieds d’argiles, tigre de papier, elle ne protège pas ses ressortissants de la nouvelle concurrence mondiale et ne garantit pas leur avenir.

Est-il trop tard, est-il irréaliste d’imaginer un autre chemin plus sûr et plus prospère ?