14. janv., 2019

LETTRE OUVERTE AU PRÉSIDENT DE LA RÉPUBLIQUE

Monsieur le Président de la République,

J'ai bien lu votre fameuse lettre. Je dis fameuse non par irrespect ou par provocation, mais parce qu'on nous en a tant parlé depuis des jours que la curiosité plus que l'impatience m'avait donné l'envie de la lire pour y trouver une improbable main conciliante.

Je l'ai lu jusqu'au bout et je vais y répondre. Je dois dire que je n'y ai rien trouvé à quoi je ne me sois attendu.

D'abord, je ne suis pas du tout convaincu que les Françaises et les Français vous soient chers. Je crois plutôt qu'ils vous sont totalement indifférents voire que vous avez à leur égard un profond dédain. Vous n'avez eu de cesse de les dénigrer depuis des mois (je vous ferai grâce du rappel de vos innombrables agressions verbales, elles s'affichent partout) et vous n'avez cessé de les opposer, actifs contre inactifs, travailleurs du privé contre fonctionnaires, jeunes contre seniors, citadins contre ruraux...Personne, jamais n'a tant fait dans la division. Vous avez même été jusqu'à les enjoindre de "venir vous chercher"...à la récréation sans doute...Quelle provocation ! Quelle violence !

Mais je ne peux pas croire, non plus, que vous ayez pour la France le sentiment d'amour dont vous vous vantez. Si vous l'aimiez vraiment vous n'auriez pas dit que vous ne connaissez pas de culture Française; vous n'auriez pas injustement accablé notre pays d'une accusation absurde de "crime contre l'humanité"; vous n'auriez pas sali la fonction de premier magistrat de France avec vos agapes insensées au cours desquelles des voyous ont proférés des insanités verbales dans le lieu le plus emblématique de la République, le Palais de l'Elysée.  Vous n'auriez pas adressé systématiquement vos diatribes depuis des tribunes à l'étranger. Vous auriez été en mesure d'éviter que plane le doute le plus infâme sur la mauvaise qualité de certain collaborateur ayant étroitement et dangereusement côtoyé les arcanes du pouvoir...A cet égard, il est condamnable que votre majorité ait cru bon d'empêcher la tenue d'une commission parlementaire de l'Assemblée Nationale pour juger des faits.

Je ne crois pas, comme certainement de nombreux compatriotes, que vous auriez su vous défaire de votre insupportable arrogance, sans les évènements qui pèsent aujourd'hui sur le quotidien de tous les Français et dont votre attitude insolente et irrespectueuse est la source. Je ne prétends pas que vous soyez le seul comptable des malheurs de la France, même si une part importante vous incombe, mais je dis que vous êtes celui qui avez libéré la colère des Français par le mépris que vos prédécesseurs avaient caché et que vous avez affiché.

Je crois que la violence initiale, celle à laquelle répondent les excès que nous regrettons tous dans nos rues, est de votre fait. Elle vous appartient comme elle est partagée par vos lieutenants qui modelant leur attitude sur celle de leur chef provoque un besoin de rébellion chez ceux qui ne sont rien et se sentent méprisés.

Mais venons en aux faits. Je crois profondément que vous n'avez rien compris aux revendications qui se manifestent aujourd'hui.

Ce qui est en jeu aujourd'hui, Monsieur le Président, et je ne parle pas là de moi ni de ma famille, c'est qu'un grand nombre de Français sont dans l'incapacité d'assurer leurs besoins primaires, je veux dire nourrir leur famille, la loger, la vêtir et la soigner avec le produit de leur travail. Cela ne devrait pas exister dans notre beau pays, un pays effectivement pas comme les autres puisqu'il est le pays des lumières, le pays des droits de l'homme, le pays ayant cette histoire si grande, si ancrée dans nos cœurs et nos esprits.

Pensez-vous réellement qu'enlever quelques Euros à ceux qui en manipulent à la tonne pour permettre à d'autres de manger normalement soit un acte insensé ? La question qui se pose est celle de la première des justices. Plus que d'égalité ce dont ont besoin les Français c'est d'équité.

Pensez-vous que les Français soient réellement libres quand leurs besoins primaires ne sont que partiellement satisfaits ?

 Chez nous, dites-vous, ceux qui travaillent financent les pensions des retraités, certes, mais de la même manière que les générations futures financeront la leur ou comme eux mêmes ont financé celles de leurs pères. J'ajoute que cela est le contrat social dont il serait misérable de vouloir se défaire.

Contrairement à ce que vous dites je ne pense pas que les Français nient les bienfaits de la fiscalité,  mais ce qu'il rejette c'est l'injuste fiscalité. Par ailleurs, et je m'étonne qu'un homme issue de la finance fasse mine d'ignorer que baisser les impôts ne veut rien dire quand la réelle question est d'équilibrer le budget. Ce sont donc des dépenses qu'il faut parler.

Comment prétendre que votre élection repose sur le choix de votre projet ? Vous savez très bien que celui-ci n'a recueilli qu'une minorité de votes au premier tour de l'élection et qu'au second tour c'est l'exercice de la peur irrationnelle que toute la vieille classe politique (celle que vous avez voulu effacer) a instillée dans l'esprit des électeurs qui a fait la différence. Je ne crois pas que le corps électoral vous ait donné blanc-seing. Il s'agit bien d'un choix par défaut et basé sur un malentendu et un mensonge.

J'aurais pour ma part des propositions à faire mais je sais par avance que vous les écarterez. Que diriez-vous de la suppression des doubles (voire triple) nationalités ? Que diriez-vous d'un retour au droit du sang en matière de nationalité ? Que diriez-vous d'interroger les Français sur leur volonté d'Europe ? sur les mouvements migratoires ?

Je vous laisse à votre grand débat.  Je ne sais pas si beaucoup y participeront, je ne sais pas s'il en ressortira grand chose, je ne sais pas s'il pourra masquer l'approche des prochaines élections...L'avenir nous le dira.

J'espère simplement que la France saura se sortir de cette période piégeuse à plus d'un titre.

Je vous prie d'agréer, Monsieur le Président de la République, l'expression de la très haute considération que j'attache à votre fonction.

Jean-Jacques FIFRE