6. juin, 2012

Texte

En somme, si Christine était plus sévère que Fernand,
c’était bien lui que Fabien craignait le plus. Son regard paternel,
froid et insistant, valait mille claques lorsqu’il s’agissait
de lui signifier son courroux, pour quelque bêtise ou quelque
impertinence.
La sanction, lorsqu’il l’estimait méritée, était toujours
immédiate et inflexible, quelles que soient les éventuelles
circonstances atténuantes ou la respectabilité des personnes
venant à sa rescousse. Elle intervenait sans aucune explication,
comme si le forfait lui-même était une justification
suffisante et légitime. La punition consistait invariablement à
être enfermé dans la cave, pour un laps de temps que Fabien
ne connaissait jamais à l’avance. Très logiquement, il vivait
mal ces séjours souterrains, qui lui paraissaient toujours durer
une éternité, une éternité monstrueuse et glacée.
La cave était lugubre et effrayante, loin de celles, propres,
sèches et bien agencées, des beaux immeubles de la grande
ville moderne d’Alger. Il s’agissait d’un souterrain froid,
obscur, et humide, dont le sol était en terre battue et noircie
par les poussières de charbon. L’odeur de moisissure y était
désagréable et suffocante. Aucune lumière n’éclairait
l’endroit, sinon celle qui passait à grand-peine par le soupirail
par lequel le charbonnier approvisionnait la maison, une ou
deux fois par an, en boulets ou en anthracite destinés au
chauffage. Pour accéder au coeur de ces ténèbres, une fois...