5. juil., 2012

Texte

Durant quelques années, une femme entre deux âges nommée
Zora, très douce et de belle corpulence, toujours vêtue de
façon très colorée et dont les mains étaient rougies par le
henné, vint à la maison plusieurs fois par semaine. Elle
s’occupait du ménage et, souvent, de la cuisine. Elle participait
également aux divers grands travaux qui rythmaient la
vie des familles d’autrefois. Il y avait par exemple les journées
de lessive, une fois par mois. Cela représentait un travail
impressionnant, du fait de la quantité de linge à laver. Une
vraie débauche d’énergie pour Christine et son équipe. En ces
occasions, elle relevait ses beaux cheveux bruns à l’aide d’un
bandeau, libérant ainsi son cou et laissant apparaître ses oreilles
très fines. Au lieu de ses robes élégantes, elle portait une
tenue légère, à base de pantalons corsaires et de chemisiers à
manches courtes aux couleurs chatoyantes. Ces vêtements lui
donnaient une allure encore plus fringante que d’ordinaire.
On n’eût jamais imaginé, à la voir ainsi, qu’elle était mère de
trois enfants. Ces tâches qui bouleversaient son quotidien un
peu monotone revêtaient presque un aspect récréatif.
La corvée s’étalait sur plusieurs jours. L’antique lessiveuse,
chauffée sur un fourneau à gaz, fut un jour remplacée
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par une machine à laver. Le linge de maison, qui
s’accumulait au fil des changements de draps et des serviettes
de toilette, était blanchi en masse dans la buanderie, à laquelle
on accédait par une pergola donnant sur le jardin et par
une porte au fond de la maison. Il était ensuite essoré à la
main par sa mère et son aide qui tenaient à bout de bras les
grandes pièces de tissu et les tournaient chacune de gauche à
droite. Le linge était enfin déployé sur des étendages, au
grand air, où il séchait. Les jours de lessive, une bonne et
légère odeur de propre se répandait dans et tout autour de la
maison.
À la fin de l’été, une autre échéance remplissait les heures
tranquilles précédant la rentrée scolaire et sollicitait l’énergie
de tous. Dans une chaleur souvent suffocante, ils cueillaient
les fruits – prunes, abricots, figues… – qui poussaient en telle
quantité que même la consommation boulimique des habitants
ne pouvait en venir à bout. C’est alors que l’on préparait
les confitures. L’opération prenait au moins une journée
complète, parfois deux. La préparation de ces friandises, du
nettoyage des fruits bien mûrs et gorgés de sucre jusqu’à la
mise en pot, en passant par les étapes de la cuisson et du refroidissement,
était toujours un régal pour les yeux et un
moment d’allégresse olfactive. Étape obligatoire car importante
pour le dosage, la dégustation des confitures était
effectuée par des gourmands volontaires et dévoués.