L’EUROPE EST UNE NECESSITE MAL PRISE EN COMPTE

La France ne va pas bien. C’est une évidence dont chacun peut mesurer chaque jour la lourde vérité à l’aune de ses difficultés personnelles, qu’il s’agisse d’emploi, de pouvoir d’achat ou de la perte des repères identitaires et sociétaux.

Si la France va mal, elle doit sa souffrance autant à ses incohérences politiques propres qu’aux mécanismes confus qui régissent l’Union Européenne dont elle est l’un des principaux instigateurs et à laquelle elle a confié une grande partie de ses prérogatives souveraines.

Au premier rang des causes profondes du mal être de notre pays il y a, c’est désormais, pour moi, mais surtout pour des économistes réputés et de plus en plus nombreux, l’Euro.

La création de cette monnaie unique est (au moins) une énorme faute timing.

Une monnaie se définit par sa destination et son usage, c'est-à-dire par les fonctions qui lui sont dévolues.

La première de ces fonctions est d’instaurer une unité de compte qui caractérise et mesure la densité économique de la zone concernée par cette monnaie. Or, d’économie Européenne il n’y a pas mais il y aurait  plutôt des économies disparates de pays Européens dont les intérêts sont fréquemment divergents.

La deuxième fonction est de constituer la réserve de valeur pour le créateur de ces richesses et émetteur de l’outil fiduciaire. Cependant, il n’y a pas une balance des paiements Européens mais autant de balance que de participants à la monnaie unique dont l’état va du meilleur jusqu’au pire.

La troisième fonction est de constituer un intermédiaire dans les mécanismes marchands, c'est-à-dire non seulement un moyen de paiement dans les échanges économiques mais aussi dans l’extinction des dettes ou le respect des obligations. Comment cet aspect peut-il se concilier avec le refus constitutionnel de la mutualisation des dettes quand la monnaie ne pèse pas du même poids sur les engagements des uns ou des autres    ? 

Pour que ces fonctions puissent être réalisées on voit bien que la monnaie doit s’appuyer sur une souveraineté homogène incontestable qui assure à la fois le lien formel et la confiance sans lesquelles l’édifice risque de s’effondrer au moindre soubresaut économique ou politique.

Or, l’image que l’Union Européenne laisse apparaître d’elle-même, chaque jour et dans tous les domaines, est celle d’une entité artificielle où l’absence d’unité et de concordance est patente.

En conséquence, l’EURO ne peut être ce qu’il conviendrait qu’il soit, c'est-à-dire une monnaie unique remplissant les charges qu’un état central lui aurait confiées.

La précarité de l’édifice a été jaugée de façon majeure à l’occasion de la crise de système apparue en 2008.

Le principe, établi par les institutions politiques et financières, qui prévalut à cette occasion, qui prévaut aujourd’hui encore, est que « les crédits font les dépôts ». Ce principe a trouvé sa limite dans le déséquilibre des économies créé par cette monnaie sorte de tailleur unique qui à profité à certains pendant qu’elle conduisait d’autres dans des abîmes d’endettement sans doute irrattrapable tuant ainsi la confiance sans réaliser le lien nécessaire.

L’évolution du monde conduit sans doute nos vieux pays Européens à « fédérer » leurs forces. Cependant le schéma choisi ne convient pas, incluant l’anticipation d’une monnaie unique.

Il faut revoir la copie et avant tout il convient de déterminer les objectifs que les Européens veulent se donner car depuis 1957 ceux-ci ont énormément évolué sans que les principes fondateurs soient adaptés à ces changements.